mercredi, septembre 06, 2006

La fin des sociétés ouvertes?

À la fin des années 1980, dans un article publié dans le Harvard Business Review intitulé Eclipse of the Public Corporation, Michael Jensen faisait valoir que la société ouverte n’avait plus sa pertinence comme mode d’organisation dans plusieurs industries :

The publicly held corporation has outlived its usefulness in many sectors of the economy. New organizations are emerging. Takeovers, leveraged buyouts, and other going-private transactions are manifestations of this change. A central source of waste in the public corporation is the conflict between owners and managers over free cash flow. This conflict helps explain the prominent role of debt in the new organizations. The new organizations' resolution of the conflict explains how they can motivate people and manage resources more effectively than public corporations.

Une quinzaine d’années plus tard, la prévision de Jensen ne s’est certes pas concrétisée à un point tel où les sociétés ouvertes ont disparu. Cependant, comme l’indique un article récent du Report on Business du Globe and Mail, l’idée de Jensen mérite d’être revisitée. Cet article signale que de nombreuses sociétés canadiennes sont actuellement privatisées, notamment par des investisseurs tels les caisses de retraite et des sociétés de financement par capitaux propres (private equity firms). Citons à titre d’exemple Intrawest Corp., Fairmont Hotels & Resorts Inc., Masonite International Corp. et Shoppers Drug Mart. Ce phénomène pointe dans la même direction que le faisait Jensen :

In fact, some finance experts argue private equity is now a preferred source of capital for Canadian companies and the most motivated buyers. The best, most promising businesses may soon vanish from public markets.

Les raisons potentielles de cette vague de privatisation sont multiples. Il y a la présence de règles de gouvernance plus strictes qui imposent des coûts et des rigidités additionnelles. Des actionnaires dominants, souvent les fondateurs, cherchent à se désengager de leur investissement. Finalement, les sociétés de financement par capitaux propres gèrent des sommes colossales (56,5G$) qu’ils doivent investir pour générer des rendements. Ce phénomène mérite certainement une attention plus grande de la part des chercheurs et des régulateurs.

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