mardi, septembre 19, 2006

Les bourses en conflit d'intérêts?

Dans sa série d'articles sur les hauts et les bas des marchés boursiers, La Presse Affaires pose la question: les bourses sont-elles en conflits d'intérêts?


Le système boursier canadien est tricoté serré. Les maisons de courtage tirent des revenus des nouvelles inscriptions, des échanges d'actions, des fusions et des acquisitions. Elles sont les principaux actionnaires de la Bourse, qui elle-même est... en Bourse.

Il y a plus: c'est le Groupe TSX, propriétaire de la Bourse de Toronto et de la Bourse de croissance TSX, qui fixe les critères d'entrée des entreprises. Pas les autorités des valeurs mobilières.

Est-ce effectivement un problème? Devrait-on confier la réglementation de l'inscription des sociétés à un autre organisme, tel que l'Autorité des marchés financiers ou Services de réglementation du marché Inc. (qui n'est pas l'équivalent ontarien de l'AMF comme le mentionne l'article de La Presse, soit dit en passant)?

Avant de sauter aux conclusions, il faut reconnaître que les bourses sont des créatures des courtiers. À l'origine, c'est le regroupement des courtiers en un lieu donné qui a mené à la création des premières bourses. Par la suite, les bourses se sont organisées en organismes contrôlées par les courtiers. Plus récemment, certaines bourses se sont transformées en société et ont fait appel public à l'épargne. Ce n'est donc pas d'hier que les courtiers ont la main mise sur l'encadrement des bourses. Pourtant, sans être parfait, le système ne semble pas avoir connu de défaillances majeures sous l'angle de la réglementation. Comment se fait-il?

La réponse se trouve justement dans le conflit d'intérêts décrié dans l'article de La Presse. Certes, les courtiers souhaitent augmenter le nombre d'inscription en bourse, puisque cela est à leur avantage. Cependant, il y a une limite à ne pas franchir. Il doit y avoir un contrôle de la qualité des sociétés inscrites pour éviter que la bourse ne devienne un repaire de sociétés de mauvaise qualité, acquerrant ainsi une réputation défavorable. En effet, si les investisseurs sont prêts à transiger sur une bourse et à générer de ce fait de la liquidité, c'est parce qu'ils estiment que les sociétés inscrites sont des occasions d'investissement intéressantes. Autrement, ils iront sur une autre bourse pour transiger, ce qui, à terme, entraînera un déclin de la bourse ainsi stigmatisée. En d'autres termes, la réputation d'une bourse est un actif précieux pour les courtiers puisqu'elle génère des revenus à long terme pour eux.

D'un point de vue anecdotique, l'exemple de la Bourse de Vancouver illustre l'effet disciplinaire de la réputation de la bourse. Frappée par de nombreux scandales durant les années 1980, la Bourse de Vancouver avait reçu l'appellation de "Scam capital of the world". Nul doute que cette qualification n'avait pas contribué à l'essor de la bourse, ni aux revenus qu'elle pouvait générer pour les courtiers. D'un point de vue empirique, plusieurs études recensées notamment par Coffee indiquent que les émetteurs choisissent les places boursières qui leur permettent de démontrer qu'ils sont de bonne qualité, en raison de la réputation de ces bourses laquelle découle en partie de leur encadrement du marché. Les émetteurs choississent les bourses qui leur permettent de réduire le coût de leur capital en somme. Les bourses qui souhaitent avoir du succès doivent donc répondre à cette demande des émetteurs, ce qui entraînent un nivellement vers le haut et non vers le bas.

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