jeudi, décembre 07, 2006

Relecture de Milton Friedman et réflexions

En ce moment en pleine relecture de l'ouvrage de Milton Friedman "Capitalisme et liberté" (M. Friedman, "Capitalisme et liberté", Robert Laffont, 1962, traduit de l'anglais par A. M. Charo), je me permets de reprendre un passage de cet ouvrage qui ne peut laisser indifférent dans le contexte actuel du développement certain de la RSE et de la notion de développement durable.
"Peu de tendances pourraient aussi efficacement saper les bases mêmes de notre société que l'acceptation par les dirigeants des firmes d'une responsabilité sociale autre que celle de gagner le plus d,argent possible pour leurs actionnaires. C'est là une doctrine fondamentalement subversive. Si les hommes d'affaires ont une responsabilité sociale autre que celle de maximiser les profits de leurs actionnaires, comment pourront-ils discerner de quelle responsabilité il s'agit exactement ? Est-ce que des individus privés et qui sont désignés eux-mêmes peuvent juger de ce qu'est l'intérêt de la société ? Peuvent-ils décider de l'importance de la charge qu'il est juste d'imposer à eux-mêmes ou à leurs actionnaires pour servir cet intérêt social ? (...) Si les hommes d'affaires sont des fonctionnaires plutôt que les employés de leurs actionnaires, alors, dans une démocratie, ils seront tôt ou tard choisis selon les techniques publiques d'élection et de nomination".
Certes, l'appréhension de cet écrit et de ses conséquences doit être abordée avec prudence. Son auteur n'est-il pas Milton Friedman, professeur hostile à toute responsabilité sociale de l'entreprise (en ce sens, il n'est qu'à relire l'article publié par ce même auteur en 1970 au New York Time) ? Cependant, dans un contexte aussi foissonnant que celui d'aujourd'hui (que ce soit en Europe, en France ou en Amérique du Nord) où nombre de livres, d'articles, d'études, de colloques, de conférences, d'enseignements traitent de la responsabilité sociale des entreprises (et, depuis peu, du développement durable), ces notions ne doivent pas être à mon sens considérées comme acquises et nécessitent une réflexion scientifique. Ainsi, les problèmes soulevés en 1962 (date de publication de cet ouvrage) et esquissés dans le paragraphe reproduit se retrouvent encore présents de nos jours sur la scène du monde de l'entreprise : quel fondement à cette responsabilité ? quel type de responsabilité ? qu'est-ce que l'intérêt de la société ? ... Sur ce dernier point, il convient de noter que la question de la RSE soulève celle fondamentale de savoir de quels intérêts la société doit tenir compte. La France atteste (et le Canada paraît suivre un mouvement identique dans l'arrêt Peoples) d'une prise en compte d'un intérêt de la société qui inclut un nombre important de parties prenantes dépassant le seul intérêt des actionnaires. L'"intérêt social", l'"intérêt commun" sont autant d'expressions employées dans la littérature française qui apparaissent consacrer une vision large de ce qu'est l'intérêt de la société. N'aboutissons-nous pas à une redéfinition de l'entreprise ? ...

A la prochaine ...

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