mardi, octobre 10, 2006

La diversité au conseil d'administration

Dans son édition d'aujourd'hui, le Report on Business publiait un article très intéressant intitulé Female directors need apply. L'article rendait compte d'une recherche de Korn/Ferry International et Patrick O'Callaghan & Associates sur la présence féminine au conseil d'administration. Les résultats de l'étude étaient pour le moins paradoxaux:

Canadian corporate directors are almost unanimous in the belief that boards should become more active about appointing female directors -- but also found few boards are actually heeding this advice and hiring female candidates.


Ainsi, il semble très difficile pour les conseils canadiens de passer de l'idée à l'action. En effet, au cours des 12 dernières années, il semble que la proportion de femmes aux conseils d'administration a osciller entre 6 à 8% pour les 300 plus grandes sociétés canadiennes. Les explications offertes paraissent peu convaincantes. Certains font valoir que ce n'est pas un enjeu pour les conseils canadiens. D'autres signalent que les conseils souhaitent avoir des chefs de la direction et des chefs de la direction financière comme membres. Or, il se trouve qu'il y a peu de femmes au Canada qui occupent ces fonctions, ce qui expliquerait leur faible présence aux conseils.

Ces explications sont effectivement peu convaincantes lorsqu'on examine les données de plus près. D'une part, aux États-Unis, un article récent du Wall Street Journal indiquait que le taux de présence féminine était passé de 6,9% en 1995 à 14,7% en 2005 pour les sociétés du Fortune 500. D'autre part, des travaux récents de Réal Labelle et Claude Francoeur de HÉC - Montréal dont on rendait compte récemment dans La Presse ont fait ressortir que la présence de femmes au conseil était associée à de meilleures performances pour les sociétés.

Les résultats de l'étude [...] montrent que, de façon générale, les entreprises à haute participation féminine génèrent des rendements qui rencontrent les exigences du marché boursier, compte tenu des risques inhérents à leurs activités. Ce résultat est, en soi, révélateur. C'est dire que les entreprises, qui présentent une plus grande diversité des genres au sein de leur administration, tirent bien leur épingle du jeu. Cependant, si on analyse ces résultats de plus près, on constate que les sociétés, où la gent féminine est bien représentée à la haute direction et qui sont exploitées dans des environnements complexes, génèrent des rendements supérieurs à la normale de l'ordre de 6 % sur trois ans (2001 à 2004).

Autrement dit, la diversité d'expérience et de point de vue apporte une valeur aux conseils et aux sociétés. Ces résultats concordent avec la théorie relationnelle du conseil d'administration mise de l'avant notamment par Lynne Dallas. Selon cette théorie le conseil d’administration a pour fonction de réduire la vulnérabilité de la société aux pressions des parties prenantes, lesquelles peuvent à terme compromettre sa viabilité. Le conseil joue ce rôle en servant d’interface entre la société et les parties prenantes. Plus particulièrement, il permet aux dirigeants de la société d’avoir des avis et des conseils, de même que de l’information pertinente relativement à son environnement et à la concurrence. Le conseil d’administration sert également à faciliter et à préserver l’accès aux ressources tangibles et intangibles dont la société a besoin dans le cadre de ses activités, ce qui diminue l’incertitude d’exploitation. Finalement, le conseil fournit une légitimité à la société à l’égard des diverses parties prenantes. La composition du conseil d’administration occupe une place centrale dans ce modèle; ce sont les membres du conseil qui déterminent sa capacité à remplir cette fonction relationnelle.

Il n'est certes pas souhaitable de créer des obligations légales pour accroître la diversité au sein des conseils d'administration. Toutefois, les conseils, par l'entremise de leurs comités de nomination, devraient accorder une attention particulière à cette question. Même en mettant de côté les considérations éthiques, il y a des justifications économiques sérieuses pour accroître la diversité dans les conseils. Et puisque les administrateurs ont le devoir de maximiser la valeur de la société, ils devraient s'assurer de mettre en place des mécanismes de gouvernance qui contribuent à cet objectif.