jeudi, mars 15, 2007

Les affaires Conrad Black et Norbourg: y-a-t-il (vraiment) des parallèles?

Amorcé depuis le début de la semaine avec la sélection des jurés, le procès visant notamment Conrad Black pour les détournements de fonds chez Hollinger International suscite un vif intérêt dans la presse québécoise et anglo-canadienne. Avec raison, que ce soit en raison de l'ampleur des détournements ou du personnage lui-même.

Certains, dans les médias, ont toutefois cherché à tracer un parallèle entre cette affaire et le scandale Norbourg, surtout pour faire valoir, au moins en filigrane, la supériorité du système de justice américain en matière de crimes économiques. Il est toujours risqué de tirer des conclusions de cas particuliers. Mais, même sur ce terrain anecdotique, nous pouvons constater que la réalité est certainement plus complexte que ce qui ressort des commentaires des médias récemment. Examinons trois motifs invoqués pour faire valoir la supériorité de l'approche américain pour s'en convaincre. Cette supériorité découlerait apparemment:

1. De la vitesse à laquelle la justice américaine procède:

Voyons les faits de plus près. Les faits chez Hollinger International ont été mis au jour dans la première moitié de 2003. Le Comité spécial du conseil d'administration de Hollinger International a déposé son rapport (dévastateur, voir ici) le 30 août 2004, après environ une année d'enquête. Le procès au criminel débute mainenant avec la sélection du jury, près de 4 ans plus tard.

Le scandale Norbourg a été mis au jour en août 2005 (voir ici). Selon l'édition d'aujourd'hui de La Presse Affaires, le procès, au pénal, débuterait en mai prochain. Pour l'instant, la GRC enquête toujours du côté criminel.

Tout en reconnaissant que les recours dans ces deux dossiers soient différents (voir toutefois ci-dessous), force est de constater que la vitesse à laquelle le dossier Norbourg progresse n'est pas en décalage avec le dossier Hollinger International.

2. De la plus grande perspicacité/efficacité de la Securities and Exchange Commission

La SEC est-elle meilleure que les commissions canadiennes des valeurs mobilières dans l'exécution (enforcement) de la législation? Pour plusieurs, la réponse est affirmative, sans équivoque. Pourtant, en ce qui concerne Hollinger International, il faut rappeler que c'est l'investisseur institutionnel Tweedy Browne qui a joué un rôle central dans la mise au jour du scandale (voir ici), non pas la SEC. Et pour ceux qui signalerait que dans le cas de Hollinger International il s'agit d'abord et avant tout d'un scandale de gouvernance (Norbourg n'en est pas un?), il suffit d'aller relire le Rapport du Senate Committee on Governmental Affairs des États-Unis intitulé Financial Oversight of Enron: The SEC and Private-Sector Watchdogs pour constater que la SEC n'est pas infaillible, loin de là.

3. De la supériorité de la législation américaine

D'autres font valoir que la législation américaine est supérieure à celle du Canada, en particulier en ce qui concerne les pouvoirs conférés aux organismes de réglementations des valeurs mobilières, de même que les recours. Pour avoir fait une étude comparative de ces pouvoirs il y a quelques années, avant l'ajout de nouveaux pouvoirs à l'AMF, il me semble que cette affirmation ne concorde pas avec la réalité. Et à nouveau, chez Hollinger International, nous avons un exemple de la limite de la législation américaine. Il a fallu puiser dans le RICO Act (
Racketeer Influenced and Corrupt Organization Act), non dans la législation générale sur les valeurs mobilières pour trouver un recours à intenter contre Black. Certes la loi et le recours existent. Mais tout de même, l'utilisation de ce véhicule fait ressortir la complexité inhérente à ce type de fraudes.

Est-ce à dire que le Canada est "le plus meilleur pays du monde" en matière d'encadrement des marchés financiers et de "répression" des crimes économiques comme l'ironisait Sophie Cousineau? Certainement pas (du point de vue des investisseurs, du moins). Des améliorations sont nécessaires à bien des égards. Les travaux réalisés par Groupe de travail sur la modernisation de la législation sur les valeurs mobilières sont d'ailleurs instructifs à cet égard.

mercredi, mars 14, 2007

Analyse économique du droit et actionnariat salarié

Bonjour, je vous propose cet article d'un chercheur (Xavier HOLLANDTS) de l'Institut Français du Gouvernement des Entreprises intitulé « Réconcilier le capital financier et le capital humain par l'actionnariat salarié ? L'apport de la nouvelle théorie des droits de propriété ».

Dans cet écrit, l'auteur expose la théorie des droits de propriété (la version « classique » et la version plus moderne) et ses apports au regard de la situation de l'actionnariat salarié.
Après avoir constaté que la théorie classique des droits de propriété considère l'actionnariat salarié comme un affaiblissement de la structure des droits de propriété, la nouvelle théorie des droits de propriété (issue principalement de la pensée de Margareth BLAIR) fait une place essentielle au capital humain. En effet, si la vision classique de la firme voit dans celle-ci un noeud de contrats dans lequel les actionnaires demeurent propriétaires des biens (ils sont les seuls et uniques propriétaires de la firme) ; BLAIR y voit un noeud d'investissements spécifiques (le capital humain constitue un de ces investissements) dans lequel des droits de propriété appartiennent également aux salariés (sous la forme d'un pouvoir). De la vision moderne des droits de propriété, il ressort qu'il y a deux droits de propriété : un financier, détenu par les actionnaires et reconnu par les actions et un humain, détenu par les salariés et reconnu aussi par les actions. Finalement, « le capital financier [exprimé par la propriété des actions] sert (...) de support de droit au capital humain ».

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mardi, mars 13, 2007

Manifestation sur l'investissement socialement responsable

Sur le site du Forum pour l'Investissement Responsable figure deux appels à manifestation qui me paraissent intéressant pour tous ceux que les problématiques touchant à l'ISR ne laissent pas indifférents.
  • Le reporting extra financier au service de la performance globale de l’entreprise ? 4 avril 2007 à Paris ;
  • Forum annuel de l'investissement responsable en Europe (5ème édition) 11 et 12 juin 2007 à Paris.
Pour plus de détails, il vous suffit de cliquer

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Europe et RSE : deux nouvelles

Bonjour, je signale ces deux « nouveautés » européennes en matière de RSE.
Premièrement, le Parlement européen s'est prononcé le 20 décembre 2006 à travers son rapport sur la responsabilité sociale des entreprises : un nouveau partenariat ... Accéder à ce texte.
Deuxièmement, le Parlement (sous-commission sur les droits de l'homme) a exposé le 23 janvier 2007 son programme dans « Hearing on Corporate Social Responsibility » ... Accéder à ce texte.

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Evolution des normes ISO

ISO, 17 février 2007 - ISO développe une nouvelle norme (ISO 26000) donnant des lignes directrices sur la responsabilité sociétale (environnement, droits de l'Homme, conditions de travail, ...).
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Envie d'avoir des nouvelles de la SEC ?

Bonjour, à tous ceux qui désirent avoir des informations sur l'évolution de la réglementation en matière de sécurité et de marchés financiers, je vous renvoie à cet article « Recent Developments in Regulation of Investment Companies and Investment Advisers » de décembre 2006 (American Bar Association e-source, février 2007, vol. 5, n°8).
Cet article couvre les principaux accord de la SEC concernant les entreprises d'investissement et les conseils en investissement et résume les développements législatifs et judiciaires qui ont affecté les entreprises d'Investissement et les managers (traduction personnelle)
Pour lire cet article : cliquez ici
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lundi, mars 12, 2007

Communication financière : un exercice délicat

Journal du management, 19 octobre 2005 - Datant d'octobre 2005, je mets toutefois cet article en lien. Consacré aux difficultés entourant la divulation des informations financières d'une entreprise, les quelques difficultés évoquées et conseils promulguées ne peuvent être que précieux au regard de problèmes qui sont encore et toujours d'actualité ...

Accéder à l'article en un clic

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Le pourquoi des grandes sociétés « hors la bourse »

Voivi un dossier original concernant les raisons d'une non cotation en bourse. En effet, à l'heure où la bourse est au centre de nombre de débats, il est intéressant de s'interroger sur le pourquoi d'une non intégration sur un marché boursier. C'est à cette question que tente de répondre trois experts.
Une large majorité des grandes entreprises françaises est cotée. Pourtant, quelques-unes ont choisi de rester à l'écart des places financières. Quels avantages offre une telle stratégie ? Témoignages et réponses d'expert (Source : Journal du management).

Accéder au dossier spécial « Grandes entreprises non cotées »

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Travail de recherche sur les batailles de procuration

IFGE, décembre 2006 - Bonjour, je signale cette actualité figurant sur le site de l'Institut du Gouvernement d'Entreprise ...
Jean-Charles Clément a soutenu sa thèse à l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble intitulée : « Le rôle des batailles de procuration au sein du gouvernement des entreprises ». Les théories liées au gouvernement des entreprises montrent la nécessité de discipliner les dirigeants afin qu’ils prennent des décisions créatrices de valeur pour l'actionnaire. Cette discipline peut s’exercer lors des assemblées générales via des batailles de procurations. Ces dernières constituent-elles alors, du point de vue des actionnaires, un mécanisme de discipline efficace des dirigeants ?
Ce travail de recherche portant sur une entreprise peut s'avérer un outil intéressant pour tous ceux attirés par le thème de la gouvernance.
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Est-ce la fin de l'histoire du droit des sociétés ?

Au travers leur article « The end of the history for corporate law » (pour le télécharger), R. KRAAKMAN et H. HANSMANN exposent une vision intéressante du droit des sociétés, notamment eu égard aux problématiques du blogue que nous animons avec Stéphane (je le remercie vivement de m'avoir conseillé cette lecture).
Je prendrais comme à mon habitude quelques lignes pour présenter cet article et tenter de le synthétiser (il s'agit d'une traduction personnelle).
Après avoir constaté la convergence des formes de sociétés (une personnalité morale pleine et entière, une responsabilité limitée des managers et des propriétaires, une propriété partagée avec les investisseurs de capitaux, une délégation du management à un conseil d'administration et des actions transférables), ces auteurs constatent que le standard shareholder s'est imposé en parallèle.
Plusieurs raisons expliquent le développement de ce modèle (le pourquoi ?) :
  • Une convergence idéologique autour de trois idées : L'échec des modèles alternatifs (modèle managérial, salarial, étatique ou stakeholder) ; La pression de la compétition en matière de commerce global ; La modification de l'influence jouée par les groupes d'intérêts (celle-ci a favorisé l'émergence d'une « shareholder class »).
  • Une convergence des pratiques de gouvernance dans le monde et du droit des sociétés (sur ce dernier point, il y a eu d'importantes évolutions en matière de structure du conseil d'administratio, de régulation du marché et des méthodes comptables, des actions en justice des actionnaires, des OPA).
Après avoir justifié les raisons du rattachement au « shareholder-oriented model », KRAAKMAN et HANSMANN le détaille de la manière suivante (le comment ?) :
  • Quels sont les intérêts pris en compte ? ... Tous les shareholders doivent être pris en compte par le droit des sociétés. Si les non shareholders ne sont pas appréhendés par cette discipline juridique, les auteurs n'excluent pas la nécessité de leur protection. Bien au contraire ! Mais, ils considèrent que que les moyens de protection les plus efficaces tiennt dans des mécanismes extérieurs au droit des sociétés.
  • Quels sont les shareholders visés ? ... « The shareholder-oriented model (...) asserts the interests of all shareholders, including minority shareholders ».
  • Quel est le rôle de la structure de propriété ? ... Ces auteurs notent que ce rôle est relativement faible puisque « the shareholder primacy model does not logically privilege any particular ownership structure ».
En dépit d'obstacles à la convergence vers le modèle shareholder, aux limites et aux faiblesses tenant à l'efficience de cette convergence, KRAAKMAN et HANSMANN notent que « the triumph of the shareholder-oriented model of the corporation over its principal competitors is now assumed (...) », « (...) the shareholder primacy becomes second nature (...) » et « (...) convergence in most aspects of the law and practice of corporate governance is sure to follow ».
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