mardi, février 03, 2009

Le risque moral existe-t-il ?

C'est la question que pose un article intriguant (ici) du New Yorker intitulé Hazardous Materials? James Surowiecki y rappelle d'abord la notion de risque moral, trouvant sa source dans le domaine des assurances, qui est appliquée dans nombre de contextes. Popularisée par l'analyse économique du droit (voir notre ouvrage Mackaay/Rousseau, Analyse économique du droit), la notion insiste sur la propension des individus à se livrer à des activités plus risqués lorsqu'ils savent qu'ils sont protégés des conséquences négatives de celles-ci. Ainsi, dans le contexte de la crise financière actuelle, plusieurs ont souligné le risque moral associé au sauvetage des banques: celles demeurant encore saine étant encouragée à accroître les risques sachant qu'elles seraient également sauvées.

L'auteur de l'article du New Yorker souligne toutefois qu'il ne faut pas perdre de vue les conséquences de l'inaction (face à la crise financière) lorsque l'on évalue le risque moral:
Of course, not acting also has costs, and sometimes—as in the case of Lehman’s failure—those costs are immense. So, if the threat of moral hazard is going to encourage inaction in a crisis, we should be sure that threat is real.
S'il reconnaît que le risque moral est une notion pertinente pour l'analyse de l'opportunité des interventions, il note que dans le case de la crise financière, on ne devrait pas le surestimer:
And there certainly are situations where moral hazard does seem to have an effect on people’s choices.
[...]

In other circumstances, though, moral hazard seems to have a much smaller impact. And, in the case of public-sector intervention during financial crises, evidence for its dangers is surprisingly flimsy.

The International Monetary Fund, for example, has helped bail out developing countries across the globe. If those bailouts heightened moral hazard, you’d expect the recipient countries to be more reckless in their spending and borrowing, and outside investors to be more careless in their lending. Yet a number of studies looking at the effects of I.M.F. bailouts on things like credit spreads and capital flows have found little evidence for that.

Selon James Surowiecki, le risque moral peut être inférieur dans ce contexte car les opérations de sauvetage arrivent très tard, après que les institutions financières subi des pertes collossales. De manière audacieuse, il puise dans la psychologie comportementale pour identifier une autre source - paradoxale - de contrainte: les dirigeants ne croient pas qu'ils échoueront:
the biggest reason that moral hazard matters less than it might is that it can operate only if people actively countenance the possibility that their decisions could lead to complete disaster. But it’s well documented that people generally, and investors particularly, are overconfident and significantly underestimate the chances of being wiped out. The moral-hazard fundamentalists argue that banks and other financial institutions will act recklessly if they think they’ll be rescued in the event of failure. But Wall Street was reckless because it never believed that failure was even a possibility.
La rationalité limitée serait donc un mécanisme de contrôle du risque moral! De là, il conclut en faveur des manoeuvres de sauvetage. Il s'agit certes d'une piste de réflexion intéressante. À suivre...

Aucun commentaire: